LE LUXE EN UN CLIC

1nstant avec Yann Le Floc’h, fondateur d’Instantluxe.com. Luxe d’occasion, seconde main d’exception, pre-owned luxury goods, voilà différentes appellations pour un même concept : des sites en ligne qui rassemblent une communauté de vendeurs et d’acheteurs de plus en plus importante –et un marché de 16 milliards d’Euros dans le monde. L’économie circulaire est-elle devenue le nouveau modèle de consommation du luxe? Est-ce un cercle vertueux pour l’industrie de la mode ? Qui sont ces nouvelles clientes qui souhaitent mêler plaisir du changement et retour sur investissement. Rencontre avec Yann Le Floc’h, fondateur d’Instantluxe.com

1nstant : Quel est le concept d’Instantluxe.com ?

Yann Le Floc’h : Instantluxe.com est né en 2009. C’était les prémices du mode de consommation circulaire. Nous avons été parmi les premiers en France à investir le net, en choisissant de nous positionner uniquement sur 4 catégories de produits : maroquinerie, horlogerie, joaillerie et accessoires. Notre ambition à l’époque, était d’apporter une solution face à un double constat : d’une part un problème de contrefaçon des objets de luxe, d’autre part l’intérêt croissant des femmes pour les produits de luxe d’occasion. L’existence d’un marché émergent, sans action proactive des marques, demandait d’apporter une expertise et une réponse aux marques comme aux consommateurs.

Instantluxe.com en quelques chiffres :

Y.L : 4 catégories de produits : joaillerie, montres, accessoires, maroquinerie ; 750 000 membres ; 15 collaborateurs, un panier moyen entre 900 et 100 Euros, une vingtaine de ventes thématiques par an.

Quelle est votre clientèle ?

Y.L. Celle qui achète son premier produit de luxe, celle qui recherche un objet rare, les collectionneurs et une nouvelle clientèle qui a les moyens mais elle choisit de consommer de manière différente. Celle qui a 35 ans et plus, urbaine, CSP plus, qui consomme sur le web et dans les boutiques. Elle mêle le street style (marques moyenne gamme) à des pièces de luxe.

Désormais il existe même des sites de location de produits de luxe. Sommes-nous dans un nouveau modèle de consommation ?

Y.L. Indiscutablement. D’ailleurs, la notion même de possession a changé : on ne possède plus une voiture, on ne loue plus de chambre d’hôtel etc… Tout a changé en l’espace de 5 ans ! Notre mode de consommation actuel est totalement différent de celui de nos parents qui achetaient et transmettaient l’objet de luxe –montre, bijou ou sac. Nous sommes passés d’un modèle de possession à un modèle d’utilisation -voir d’un instant !- avec l’idée d’une potentialité de revente. L’achat d’un objet de luxe est devenu un véritable investissement. Avec le gain de la revente, on achètera un produit neuf et ainsi de suite. Nombre de nos clientes nous appellent lors d’un achat en boutique pour connaître le prix de revente sur Instantluxe.com. Nous avons donc développé un argus, une cote du luxe permettant à nos clients de revendre au bon prix » . 

Ce « marché secondaire » ressemble à un cercle vertueux pour le marché du luxe.

Y.L. Oui, transformer l’acte d’achat seconde main en acte d’achat neuf maintient une dynamique du marché. C’est la preuve d’une complémentarité entre nos sites et les groupes de luxe.

Finalement, vous avez décliné les codes du luxe jusque dans votre marketing ?

Y.L. En 2015, nous avons ouvert un showroom rue Daunou, à deux pas de la rue de la Paix, pour recevoir les personnes souhaitant vendre et auxquelles nous proposons même un service similaire à la conciergerie : nous prenons leur objet en main du début à la fin (photo, réponse aux questions sur le site…). Encore une fois, nous ne sommes pas uniquement là pour penser le produit mais pour apporter aussi un service.

Vous avez récemment été racheté par le Groupe Galeries Lafayette. Quel est le prochain objectif, le prochain terrain de jeu d’Instantluxe.com ?

Y.L. Nous sommes encore en pleine restructuration du marché de l’occasion qui représente près de 16 milliards d’Euros dans le monde. L’an dernier, pendant 2 mois, nous avons ouvert un pop-up store au BHV Marais. En juin, nous avons rejoint le Groupe Galeries Lafayette où nous allons développer des corners. Si 99% de notre business est réalisé sur le web, notre but est d’intégrer de plus en plus des corners physiques. Pour moi, le digital et les points de vente physiques sont complémentaires.

Et l’international ?
Y.L. Nous avons d’abord ambitionné de nous imposer en France et bien sûr, nous souhaitons nous développer à l’international.

  • Interview / Judith Spinoza
  • Ad / Vinz
  • Produced / 1nstant.fr

Reminber

  • Tout a commencé par les ventes sur Ebay, PriceMinister et autres plates-formes de ventes entre particuliers, mais très vite des contrefaçons sont venues polluer ce marché.
  • Le marché de 2ème main sur internet est en plein essor en France, aux Etats Unis mais aussi en Asie.
  •  43% de françaises achètent des vêtements d’occasion. Pour 57% d’entre elles c’est un moyen d’accéder à du luxe ou haut de gamme. 36% déclarent qu’elles apprécieraient de recevoir des objets de luxe d’occasion en cadeau. 42% des femmes interrogées achètent de la mode d’occasion pour trouver des pièces uniques, qui ne sont pas disponibles ailleurs ou des produits rares qui viennent d’une autre époque (étude IPSOS pour vestiairecollective.com).

Remerciements à Nathalie Tessier, spécialiste en stratégie des achats et du retail.