EN CHIEN AVEC JULIEN DAVID

Julien David pourrait se réduire à un parcours (admirable), un talent (récompensé) et des collections (qu’on adore) mais ce n’est pas dans le sentiment de rationalité qu’inspire le réalisme du vestiaire qu’il travaille qu’il faut chercher l’essence de ce Français depuis longtemps expatrié au Japon.  


Julien David pourrait se réduire à un parcours (admirable), un talent (récompensé) et des collections (qu’on adore) mais ce n’est pas dans le sentiment de rationalité qu’inspire le réalisme du vestiaire qu’il travaille qu’il faut chercher l’essence de ce Français depuis longtemps expatrié au Japon.

Entre les lignes de cette prémisse de normalité se lisent la singularité d’un homme et sa marque. Son quotidien se travaille à l’aide de textiles, de traitements et de coupes. Dans le fond, ce n’est pas tant le produit qui l’intéresse que le comportement des humains. Qu’est ce qui nous pousse vers un vêtement plutôt qu’un autre ? Comment un bout de tissu se transforme-t-il en objet-phare ?

Son hiver 2018 pour hommes est exactement cela : l’étude quasi-scientifique d’une espèce qui cherche à exprimer toute la complexité de son identité contemporaine dans un vestiaire sans fioritures et pourtant riche d’hybridation (je ne vais pas vous faire une description, il faudra aller voir par vous-même). Et si c’est porté par un casting de chien(s), c’est pour mieux plonger l’observateur (vous et moi, quoi) dans le vif du sujet.

Quant au message que renvoient ces canidés stylés, rappelez-vous ce qu’avait dit Thomas Bangalter au sujet de l’homme-chien du clip “Da Funk”: il n’y a pas de message en particulier. Enfin, dans le cas présent, un seul. Julien David est une espèce (de créateur) hors du commun dont voici le portrait en 5 questions.

Qui est l’homme Julien David?
L’homme, comme la femme Julien David, aime la plupart du temps porter des vêtements simples, confortables, bien faits et fabriqués dans de beaux matériaux… et parfois aussi porter des vêtements fous.

Un souvenir attaché à un vêtement?
En 2008, j’ai dessiné une paire de baskets, que j’ai appelé « inka » car c’était un croquis, juste de l’encre, et que j’ai fait imprimer sur un foulard en soie. En 2010, ces baskets sont devenues réalité et notre best-seller, un classique de notre collection qu’on utilise toujours aujourd’hui.

Quel est ton vestiaire idéal?
Je me suis remis à porter des jeans. Pendant près de 10 ans, je ne voulais plus en entendre parler. Il y a environ 1 an, j’ai commencé à en fabriquer dans le sud du Japon – 2 coupes dans un denim d’Okayama un peu stretch et comfortable avec des wash très réguliers, pas de dégradés, sans fioritures, peu de détails. Au printemps, j’ai beaucoup porté le prototype d’une parka sur laquelle je travaille, basée sur la NB3, un célèbre modèle d’expédition de l’armée américaine. Elle est géante, le volume des manches fait trois fois la taille de mes bras et elle est destinée à être commercialisée dans les mois qui viennent.

Être un homme en 2018, c’est une vie de chien?
La place de l’homme dans la société est en train de changer et c’est pour le mieux. Ce n’est pas une vie de chien, c’est la vie qu’on se construit en se respectant les uns les autres.

Où va la mode?
La mode est devenue très fluide, il n’y a plus vraiment de saisons et d’intermédiaires. Les mouvements et les tendances sont planétaires. C’est fantastique. Les styles se mélangent de façon infinie… Tout est possible.

  • Graphics / Justine Leblanc

  • Produced / 1nstant.fr