STOULS, LA MAIN DANS LE SAC

Aurélia Stouls, créatrice de cuirs seconde peau, lance une ligne de sacs colorés qui lui ressemblent.

Vert pomme, rouge sang, jaune piquant, bleu sombre, vert bouteille… Des bandes de cuir qui s’empoignent, des rangs serrés de couleurs qui vacillent et grimpent jusqu’à votre bras. Pourtant, les sacs d’Aurelia Stouls vont au delà du colorama.

La collection, disponible en boutique et sur l’eshop, réunit plus précisément l’essence –cuir, couleur et cohérence- de la créatrice installée rue du Mont Thabor. « Ces sacs ont été réalisés à partir de chutes : j’utilise environ 25 couleurs par saison, et comme l’ensemble de mes pièces sont coupées dans les plus belles parties de la peau, j’avais ce stock sous mon nez, sans en avoir rien fait. » Finalement, cette bibliothèque de couleurs se redessine en sublimes pièces numérotées – grands, petits cabas ou pochettes dont les superpositions affichent les couleurs de la saison ou celles des saisons passées.

Voilà tout l’art d’Aurelia Stouls : construire sans détruire, avancer, à la façon d’un patronage vers un but choisi et cohérent. Envelopper la femme avec ingéniosité en même temps qu’elle construit une marque novatrice, imaginée autour de cuirs seconde peau et d’une palette de couleur affirmée. Pièce par pièce, de ses débuts, en 2004, où elle fonde sa marque éponyme en lançant un « simple » tee shirt en cuir stretch lavable en machine, jusqu’à l’ouverture de sa boutique en 2014, la créatrice parisienne tranche dans des mètres de cuir en même temps qu’elle déroule une vision. L’art et la matière réunis. La liberté aussi : « J’ai toujours refusé de travailler comme employée, préférant l’indépendance d’une créativité freelanceJ’ai mis le pied  à l’étrier grâce à la chaussure poursuit-elle avec humour. J’étais en dernière année au studio Berçot et j’ai gagné le concours Jourdan. De là j’ai poursuivi comme freelance pour différentes maisons, toutes françaises ! Après 15 ans de carrière, j’ai fait un break, et comme la nature a horreur du vide, je me suis lancée vers la création d’un vêtement simple, un tee shirt en cuir. J’ai transposé l’exigence de la chaussure, construite au millimètre près, à la construction du vêtement. »

Au delà de la monomatière, du monoproduit -tee shirt devenu jupe et pantalon-, la révolution Stouls, consiste à décomplexer un matériau noble, perçu comme trop fragile. « J’ai choisi de l’aborder avec insolence et désinvolture, de le traiter comme un jean, de lui  imposer les mêmes couleurs que le coton ou le cachemire. » Tant qu’à faire, le cuir stretch Stouls défie avec humilité les modèles Jitrois et ses femmes sculpturales. « Moi, j’ai voulu faire des pantalons qui vont à tous les culs ». Quand l’humour côtoie la vérité, que le produit est qualitatif, les mœurs changent : « Mes produits ont eu un réel impact. Les femmes se sentaient belles, bien foutues et n’arrivaient plus à porter autre chose. » Vrai : Bali Barret le considère comme addictif, pendant qu’India Mahdavi jette tous ses jeans. Cri du corps, cris de femmes aujourd’hui devenu manifeste accroché au bout du bras, Stouls, « I’ve got you under my skin ». Un joli dosage de féminité, mâtiné d’une once de féminisme joyeux. En effet, la boutique du Mont Thabor accueille, depuis le 8 mars dernier , la signature du nouvel essai de Sophie Bramly, « Un matin j’étais féministe ». A placer de toute urgence au creux d’un cabas Stouls  -au croisement de la couleur et de la « juste féminité ».

Les trois « C » d’Aurelia :

Cuir : Il se patine, il passe à la machine. Il n’a pas de tabous ! J’ai commencé à travailler avec un agneau souple comme un tee shirt. J’ai imaginé le cuir comme un vêtement seconde peau qui sort du concept de la grosse pièce. En 2005, j’ai lancé la jupe et le pantalon et rapidement, je me suis lancée dans une autre grammaire, la couleur.

 

Couleur : C’est une narration de l’intime et de l’humeur. J’aime toutes les couleurs car chacune prend sa résonnance au contact des autres. Ma préférée reste néanmoins l’ultra violet, celui de la collection hiver 2018 que j’ai d’ailleurs baptisée Prince. J’adore aussi travailler tous les types de noir et le nude. Pour la collection PE 2019, honneur au goyave et à la couleur perle.

 

Cohérence : J’ai choisi de fonder ma marque au moment où a plupart des maisons ambitionnaient d’investir à cette « appellation », mais bien souvent sans gage de qualité. Pour moi, il s’agit d’abord et avant tout d’être juste et cohérente -d’avancer sur un cœur de métier et de savoir-faire. Je ne souhaite pas développer une ligne de PAP, mais plutôt des niches dans une marque de niche. D’où la collection de sac, celle de chaussures en 2017, qui était comme un jet naturel. Pour l’AH 2019, je lance une de tops pur soie –tee shirts, chemises, layettes.