NICOLAS HUET GREUB, AGENT D’ARTISTES, FONDATEUR DE lA MAISON DE PRODUCTION ET DE LA MAISON D’ÉDITION 37.2

Iconoclaste: qui s'oppose à toute tradition (d'ordre littéraire, artistique, politique ou autre), qui refuse un culte établi. Rencontre avec Nicolas Huet Greub, fondateur de 37.2, à la fois agence, maison de production et maison d’édition dont le dernier ouvrage, Beyrouth, vient de sortir.

Nicolas Huet Greub Agence 37/2 agent d'artistes 1nstant Interview

Nicolas Huet Greub Agence 37/2 agent d'artistes 1nstant

Nicolas Huet Greub Agence 37/2 agent d'artistes 1nstant Interview

Nicolas Huet Greub Agence 37/2 agent d'artistes 1nstant

Nicolas Huet Greub Agence 37/2 agent d'artistes 1nstant Interview

Nicolas Huet Greub Agence 37/2 agent  d'artistes 1nstant

Nicolas Huet Greub 1NSTANT / INTERVIEW

NICOLAS HUET GREUB FONDATEUR DE 37.2 AGENT D’ARTISTES, PRODUCTEUR ET ÉDITEUR.

Iconoclaste: qui s’oppose à toute tradition (d’ordre littéraire, artistique, politique ou autre), qui refuse un culte établi. Rencontre avec Nicolas Huet Greub, fondateur de 37.2, à la fois agence, maison de production et maison d’édition dont le dernier ouvrage, Beyrouthvient de sortir. By Judith Spinoza.

Son métier ? 3 en 1, soit à la fois agent, producteur et éditeur. Son objectif ? Faire rayonner la carrière d’un artiste sur tous les fronts, l’accompagner sur les commandes commerciales (mode, beauté, luxe) mais aussi produire leur projets dans leur ensemble, de l’exposition à un livre. Sa méthode ? Réinvestir une partie de l’argent gagné avec les travaux de commande dans des projets personnels des artistes représentés par 37.2. Nicolas Huet Greub n’a aucune limite et n’enferme personne dans une case.

Ta maison d’édition 37.2 vient de publier Beyrouth, un livre mêlant photos et textes de personnalités libanaises, dont les bénéfices seront reversés à une association pour reconstruire la ville. C’est un livre un peu en décalage avec tes publications habituelles. Quelle est la genèse de ce projet ?
Elle est tout d’abord différente et singulière. Lors du premier confinement j’avais lancé un appel à projets où j’invitais des photographes à m’envoyer des séries photographiques pouvant faire l’objet d’une édition afin d’en accompagner certains financièrement et artistiquement. Maxime Meignen m’a écrit, j’ai beaucoup aimé son travail, notamment une série réalisée à Beyrouth il y a plusieurs années. Quelques semaines après notre rencontre, il y eu l’explosion du port de Beyrouth laissant la ville dans le chaos.  Maxime m’a appelé, bouleversé par les événements, je lui ai proposé de l’envoyer là-bas, documenter la ville plongée dans l’après. En rentrant il me présente les photographies du livre et j’ai été saisi, ému. J’ai ensuite voulu inviter des personnalités libanaises à contribuer au projet. Beaucoup ont répondu favorablement et nous ont envoyé des textes très puissants, je pense notamment à Michel Touma (Redacteur en chef de l’Orient le Jour), à Gilles Khoury (journaliste et écrivain), à Tessa Sakhi (Architecte), Richard Nammour (Propriétaire de l’hôtel Albergo) et à Claude Ghorra (Chef du département d’anatomie Pathologique – Hopital Libanais-CHU – Université Libanaise) dont les mots m’ont beaucoup touché. Le livre peut paraitre en décalage des précédentes publications mais je ne m’interdis rien.

Pourquoi avoir développé la casquette d’agent et d’éditeur en plus de celle de producteur ?

À l’origine, je suis agent d’artistes et producteur, deux métiers très différents qui se complètent bien.  J’étais agent avant d’être producteur et c’est ce qui rend mon statut particulier. D’ailleurs, je me considère presque plus comme producteur artistique au vu du rapport que j’entretiens avec mes artistes et certains de mes clients : on construit ensemble et je veille à toujours travailler avec les meilleures équipes, quelque soit le projet.  Je suis ensuite devenu éditeur pour plusieurs raisons. D’abord parce que je suis vraiment attaché à l’édition et également parce que je voulais développer au maximum la carrière de mes artistes ». 

Selon quel principe travailles-tu ?

Mon mantra, quand j’ai fondé la maison d’édition en parallèle de mon agence  était le suivant : réinvestissons une partie de l’argent gagné avec des projets commerciaux dans des projets artistiques et personnels qui nous font sortir de notre zone de confort et nous donne toujours envie d’aller plus loin. Cela m’ouvre l’esprit sur de nouveaux sujets et me permet de travailler main dans la main avec les artistes. La liberté créative nous appartient totalement. 

Tu as créé ton agence en 2016, puis créé ta maison d’édition en 2019 sans « rien y connaitre », pour enfin fusionner le tout dans l’agence 37.2 mais rien ne te prédestinait à cette carrière !

En effet, rien ne m’y prédestinait… J’ai grandi en province où je passais mes week end sur des terrains de concours, ma mère était championne d’équitation et quand je n’y allais pas j’étais chez ma grand-mère ou arrière-grand-mère, biberonné à Melrose Place, Sous le soleil et Desperate Housewives.  La sortie au musée pour voir la dernière expo ou la virée chez Yvon Lambert n’était pas vraiment au programme (rires) 

« Je pense simplement qu’aujourd’hui, être photographe de commande pour le luxe, la publicité, la beauté etc… n’est plus incompatible avec l’idée du photographe artiste que l’on retrouve en galerie ou au rayon beau livre en librairie. »

Quelles sont les rencontres,  personnalités qui t’ont amené à te passionner pour la photographie et le métier d’agent ? Je pense notamment à Peter Lippmann, « tu as travaillé à ses côtés avant de monter ton agence  » ?

Peter est un grand photographe de nature morte, j’ai travaillé à son studio après avoir collaboré avec Anne Marie Gardinier, son agent, qui m’a appris le métier et pour qui j’ai un respect et une affection toute particulière. C’est une des premières à m’avoir dit quand j’avais 25 ans : « Nicolas, monte ton agence ». Roberto Badin, Shelby Duncan, et Arthur Delloye, que j’ai rencontré au moment où est né l’envie de monter l’agence m’ont fait confiance alors que j’avais à peine 25 ans, pas de site internet, pas de réseaux. 6 ans plus tard c’est toujours un réel plaisir de travailler à leurs côtés.

Il y a une citation de Nan Goldin que tu adores et qui résume le fond de ta pensée…  

En effet, la voici: «  Je crois profondément que l’art relève d’une nécessité qui nous dépasse et, bien que cela puisse sembler naïf, qu’il peut dire et montrer une part de la conscience humaine à laquelle tout le monde n’a pas accès, qu’il a le pouvoir de transformer cela en une vérité visuelle – qu’elle soit beauté ou laideur. » 

Tu adores Peter Lindbergh, Bruce Weber, Diane Arbus, Stephen Shore, William Eggleston, Ren Hang, Irving Peen, Tom Bianchi, Nan Goldin…Est ce que tu prends toi même des photos ? Quel genre ?

Un selfie à l’occasion pour mettre à jour mon profil Tinder mais ça s’arrête là ! 

Dans l’univers de l’image, personne ne combine ces trois fonctions à la fois, alors que cela semble « logique » -c’est un moyen d’accompagner un artiste à 360 °… Penses-tu ouvrir la voie à une nouvelle façon de travailler ?

 Je pense simplement qu’aujourd’hui être photographe de commande pour la publicité, la beauté, le luxe etc… n’est plus incompatible avec l’idée du photographe artiste que l’on retrouve en galerie ou en librairie. Là où il y a encore un moment, on pouvait retrouver une certaine forme de snobisme, comme si un artiste en faisant du commercial avait vendu son âme, était passé du côté obscur. 

La mode a contrario à toujours fait figure d’exception, les plus grands photographes de mode rayonnent artistiquement et commercialement depuis longtemps déjà.  Cette perception qui change permet à des modèles comme le mien d’émerger. Je refuse d’enfermer qui que ce soit dans une case.

Tu as par exemple travaillé avec le photographe Roberto Badin avec le livre Inside Japan. Grâce à toi, il a été présenté chez Cyril Putman lors des rencontres photographiques d’Arles 2019, bénéficie désormais de nombreuses expos. En parallèle, il fait aussi des campagnes pour Mc Do…

Il y a encore 3 ans, Roberto faisait parti des photographes de commande incontournable de notre profession puis est arrivé son projet Inside Japan, et en l’espace d’une année, il se retrouve exposé à Arles et au même moment on reçoit une rafale de prix prestigieux pour la campagne Rain de Mcdo que j’ai produite pour l’agence TBWA. L’été dernier, le musée des arts asiatiques de Nice lui consacrait une exposition tandis qu’en parallèle à Paris, sa campagne Ikéa pour l’ouverture de la nouvelle boutique rue de Rivoli était affichée partout dans Paris. Il rayonne artistiquement et cartonne commercialement, nous sommes d’ailleurs entrain de travailler sur son second livre, ça va être très beau. 

Selon toi, permettre à un artiste de combiner travaux de commande et des projets artistiques est un cercle vertueux pour leur créativité ?

Indiscutablement. Si un artiste est épanouit artistiquement dans ses projets personnels, il se révèlera encore meilleur dans l’exercice de commande qui forcément demande des compromis /concessions. 

En tant que producteur, tu travailles pour Isabel Marant, Chanel, Audemars Piguet, Louboutin, Dolce & Gabbana, Ami, Le bon marché, le Printemps, Eric Bompard, Erès, Van Cleef & Arpels… Que viennent ils chercher chez toi ?

C’est à eux qu’il faudrait le demander. Ce que je peux te dire c’est que la plupart font réellement preuve de fidélité, dernièrement par exemple je travaillais à nouveau avec Dolce & Gabbana, Chanel, Louboutin, Hennessy, Eric Bompard, Lancome, Clarins, Nuxe, Ami.. pour certains nous travaillons ensemble depuis plusieurs années maintenant et ils aiment les artistes que je représente ainsi que notre façon de produire. Ce que j’entends régulièrement des créateurs, directeurs artistiques.. c’est qu’en décidant de collaborer avec certains de mes artistes, au delà du photographe en tant que tel, ils font le choix d’un style, d’un univers fort et reconnaissable. 

Un dernier client ponctuel qui t’a marqué ?

La photographe Shelby Duncan qui vient de signer le poster de la nouvelle série de Canal +, l’Amour Flou (Agence BETC). Une très belle rencontre… Romane Bohringer nous disait qu’en voyant le travail de Shelby cela avait été une évidence pour elle. (Entre temps j’ai regardé la série qui est géniale, je te la conseille vivement !)

Tu es l’agent de photographes qui ont le vent en poupe comme Shelby Duncan, Roberto Badin, Arthur Delloye, Inès Dieleman, Alexis Armanet. Quel est ton fil rouge ? Es tu iconoclaste dans tes choix de publication ?

Le fil rouge c’est l’humain et l’artistique, il faut qu’on soit raccord sur ces deux pans. On peut se retrouver à travailler non stop pendant plusieurs semaines et se retrouver ensuite à danser tous ensemble sur une table en écoutant Céline Dion ou Jeanne Mas. Ça n’a pas de prix. 

Ils sont tous si différents, n’ont pas les mêmes vies, les mêmes attaches, les mêmes sensibilités mais il y une valeur qui les rassemble, c’est la bienveillance. Et forcément les publications sont à leurs images, iconoclastes, mais j’aime penser qu’il y a une certaine cohérence dans l’ensemble.

Justement, tu as également publié un sublime ouvrage Elle, she, her sur les transgenres de François Pragnère. Peux-tu nous raconter la genèse de ce projet et la façon dont tu t’es impliqué ?

C’est un des livres dont je suis le plus fier. Pour son premier livre, François a collaboré avec dix femmes trans vivant à Paris. Photographies et textes s’entrecroisent et nous racontent le rapport qu’elles entretiennent avec leur corps mais aussi leur environnement. Quand j’ai rencontré François et qu’il m’a parlé de son projet, je lui ai laissé carte blanche, il avait une idée précise de ce qu’il voulait et je respecte sa vision et ses choix.  J’ai fait en sorte que le livre soit envoyé dans un maximum de librairies en province et à l’étranger, c’est un objet à part entière qui doit rayonner. 

Au moment de l’éditer je lui ai demandé de me conseiller des ouvrages pour me cultiver sur le sujet, dans la liste il y avait notamment Un appartement sur Uranus de Paul Preciado avec une sublime préface signée Virginie Despentes. Ces lectures m’ont fait grandir, réfléchir, me questionner sur la notion du genre bien sûr mais plus globalement sur les notions de norme, de masculinité, de féminité, d’éducation. Finalement dans un registre aux antipodes de Beyrouth, le point commun, c’est la dimension politique des sujets, au sens sociologique du terme. 

La prochain livre que tu penses publier sera peut être un ouvrage sur le chemsex. Encore un thème et un oeil transgressif que tu oses défendre…

Je n’ai pas l’impression d’oser défendre qui ou quoique ce soit. Disons plutôt que je choisis de mettre en lumière des artistes , des personnalités qui me touchent , auxquels je suis sensible. Le chemsex, c’est là, ça existe et ça se répand de plus en plus. C’est en train de devenir un vrai phénomène de société notamment à Paris.  L’artiste dont je vais éditer le travail est venu à moi, je ne le connaissais pas et c’est une belle rencontre. Son regard et son art m’ont touché, c’est aussi simple que ça.  J’aime l’idée de traiter ce sujet loin de toute la moralisation ou stigmatisation ambiante. 

Rendez vous en 2022 !

www.37-2paris.com