VINCENT PRESSIAT PRODIGE DE LA MODE

Au lendemain de son 3e défilé, nous allons à la rencontre de Vincent Pressiat, prodige de la mode et personnage de la nuit parisienne adoubé par Michèle Lamy. By Aurélie Galois.

DESIGNER VINCENT PRESSIAT COLLECTION HIVER 22 / 1NSTANT ARTICLE

DESIGNER  VINCENT PRESSIAT ARTICLE COLLECTION HIVER 22 / 1NSTANT ARTICLE

COLLECTION WINTER / 2022 DE VINCENT PRESSIAT DESIGNER / 1NSTANT

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COLLECTION WINTER / 2022 DE VINCENT PRESSIAT DESIGNER / 1NSTANT

 

1nstant :

Bouton Pressiat
Au lendemain de son 3e défilé, nous allons à la rencontre de Vincent Pressiat, prodige de la mode et personnage de la nuit parisienne adoubé par Michèle Lamy.

Il nous avait parlé de sa dernière collection alors que les modèles étaient encore en gestation, il y a plusieurs mois de cela. Il voulait en découdre avec le sentiment d’austérité qui nous avait étreints depuis la pandémie et plusieurs confinements. Il avait parlé de ses inspirations du moment, entre (fausse) fourrure polaire et uniformes de l’armée russe, qu’il voulait rendre plus douillets, plus doux. Il n’imaginait pas que ses visions seraient rattrapées par une actualité bien réelle et effrayante. Ainsi ce défilé s’est imposé à lui comme un acte de résistance. Alors qu’un membre de son équipe est repartie dans sa Pologne natale pour aider à l’accueil des réfugiés ukrainiens, Pressiat a signé une collection guerrière mais du côté lumineux de la force. Évidemment la mode ne peut rien contre l’horreur – allez savoir ce qui le peut d’ailleurs…- mais pratiquer son art coûte que coûte, dire fuck aux normes, créer des armures sensuelles, provocantes et rebelles, c’est peu mais déjà beaucoup. Loïc Prigent, observateur intraitable de la fashion sphère, lui a confié avoir pris une claque à la fin de son défilé. C’est l’effet Pressiat, un style sans concession qui bouscule autant qu’il émerveille. Glam rock, punk, couture, dandy, les qualificatifs qui tentent de le cerner nous convient à une fête hors du temps, peuplée d’oiseaux de nuit débarqués d’un poème d’Edgar Allan Poe ou d’un film d’Almodovar. Pressiat, c’est Marlène Dietrich héroïne de The Horror picture show.
Premier modèle de ses créations, il se fait remarquer tout petit à Besançon, où sa maman enseigne la mode. Déjà, il s’entoure d’amazones qu’il relooke à l’envi. C’est naturellement qu’il intègre l’école de la Chambre Syndicale de la Couture, est repéré et engagé par Galliano pour Margiela. Une carrière ascensionnelle le propulse chez Saint Laurent, puis chez Balmain, jusqu’à ce qu’un vilain virus ne le renvoie chez lui… où il réalisera seul les 69 pièces de sa première collection. Rencontrée dans l’intime étrangeté des nuits parisiennes, son amie Michèle Lamy, muse de Rick Owens, lui ouvre les portes du théâtre Daunou où défileront en 2021 des créatures époustouflantes d’anticonformisme revêtues de looks follement cabaret. Sa dernière collection poursuit l’exploration du vêtement modulable commencée avec des zips dévoilant les corps et transformant une tenue. Cette fois-ci, des boutons pression permettent de jouer avec les registres, les longueur et les matières. Un petit blouson noir devient carapace animale à la faveur d’une manche, d’un col que l’on ajoute ou enlève. Un débardeur devient une jupe, un pantalon un corset, un sein surgit d’une fente, c’est ludique et versatile. De plus près, les créations de Pressiat sont la signature d’un artiste de la matière. Robe en cheveux somptueuse, veste en matelassé de velours défoncé (sic), robe bénitier en vinyle satiné, le tout cousu comme des secondes peaux archi-confortables.

Déjà, il travaille sur sa prochaine collection. La chair se déclinera dans toutes ses nuances, des robes vaporeuses conjugueront son goût pour une vulgarité rieuse et assumée flirtera avec le raffinement d’un boudoir. On risque de faire monter d’un cran le degré d’intoxication que suscite l’audace de Pressiat, qui aujourd’hui plus que jamais donne raison à la grande Schiaparelli : « « En période difficile, la mode est toujours extravagante. »

Aurélie Galois