La fin de l’innocence : de la chambre à l’arène
On l’a connue en pyjama sur Instagram, composant ses premiers tubes entre quatre murs avec une spontanéité qui a séduit une génération. Aujourd’hui, Angèle change de dimension. Si ses débuts avec Damso l’avaient imposée sur la scène francophone et son duo avec Dua Lipa lui avait ouvert les portes des charts mondiaux, son alliance avec Justice agit comme un accélérateur de particules.
Gaspard Augé et Xavier de Rosnay viennent muscler l’image de la chanteuse belge. Le contraste est radical : la voix cristalline d’Angèle se confronte désormais à l’électro « maximale » et saturée du duo parisien. Là où l’artiste proposait autrefois des mélodies claires et une pop sucrée, elle embrasse aujourd’hui un univers plus sombre, porté par des basses extrêmes et une énergie brute. Elle quitte son statut d’artiste de proximité pour devenir une véritable icône internationale, sans pour autant sacrifier ses piliers : son lien fusionnel avec son public et ses engagements féministes.

Une conquête internationale sous le sceau du « cool »
Collaborer avec Justice, c’est s’offrir le sceau d’excellence des Grammy Awards. Habitués des têtes d’affiche mondiales, de Coachella à Glastonbury, et des collaborations prestigieuses avec Tame Impala ou The Weeknd, les deux producteurs propulsent Angèle dans une sphère d’influence globale. Pour une artiste de son envergure, ce duo est un passeport pour une crédibilité artistique absolue aux yeux du monde.
Ce virage est également structurel et stratégique. En quittant Universal pour rejoindre Because Music, le label historique de Justice, Angèle transforme cette collaboration en une « affaire de famille » et change radicalement de modèle économique. L’esthétique visuelle suit cette ambition : le clip de what you want tourné à Marseille, a été chorégraphié par le collectif (La)Horde, à la tête du ballet national de Marseille, et met en avant une image queer qui bouscule les codes. Un choix qui confirme une exigence de production au sommet, le collectif ayant déjà œuvré pour Madonna ou Christine and the Queens.

Le « New French Chic » : quand le tweed rencontre le cuir
Sous l’influence de Virginie Viard (Chanel), qui a conçu plusieurs tenues de scène pour Angèle, et de l’aura « biker » de Justice, le vestiaire de la jeune belge opère une mue spectaculaire. Le pastel s’efface au profit de silhouettes structurées où le luxe rencontre enfin la rue.

Sous l’influence de Virginie Viard (Chanel), qui a conçu plusieurs tenues de scène pour Angèle, et de l’aura « biker » de Justice, le vestiaire de la jeune belge opère une mue spectaculaire. Le pastel s’efface au profit de silhouettes structurées où le luxe rencontre enfin la rue.
Justice a toujours cultivé une imagerie rock faite de jeans slims, de lunettes aviateur et de denim brut, une esthétique qui a marqué l’ère Hedi Slimane chez Saint Laurent. Des vêtements chinés d’abord en friperie au début de leur carrière avant que Xavier de Rosnay ne s’équipe chez Dior. Cette expertise mode n’est pas nouvelle pour le duo, qui a déjà composé pour cette maison une musique de défilé à partir de maquettes restées longtemps secrètes. Autre collab ’marquante; avec Schott, qui a débouché sur un sold out instantané de ses bombers. Désormais le duo se laisse aussi convaincre par les costumes … Comme si tous deux avaient décidé de s’habiller de cette maturité.

De son côté, Angèle réconcilie la haute couture avec ces codes « underground ». Elle impose ce que les experts appellent désormais le « New French Chic » : l’art d’associer une veste en tweed Chanel à des boots massives, ou de porter un ensemble de luxe avec une paire de baskets et une coupe décoiffée. En tant qu’égérie Chanel, elle a réussi à dépoussiérer l’institution en mixant les pièces classiques avec des cyclistes ou des joggings, rendant le luxe hautement désirable pour la nouvelle génération.

On le comprend, le single what you want n’est pas qu’une simple sortie de disque. C’est l’acte de naissance d’une maturité assumée. Angèle ne veut plus seulement plaire, elle veut marquer l’époque … elle sait véritablement ce qu’elle veut. By JOHANN GUERIN
