1NSTANT.FR : PHOTOGRAPHE STEFAN RAPPO / STYLING CHRISTINE LERCHE / CREDITS MISE EN BEAUTE FLAVIO NUNES @airportagency ASSISTANTE STYLING ALEXIA LALIS.
À Veules-les-Roses, le paysage ne triche pas. Nous sommes entourés d’immenses murailles de craie
blanche, la mer s’est reculée pour nous offrir un point de vue unique. Le calcaire est tranchant et la lumière, captée ce jour-là par l’objectif de Stephan Rappo, ne laisse aucune place au faux- semblant. C’est ici, entre les pics de craie et les galets polis par les marées, que Natascha Wiese décide de se livrer. Un choix qui lui ressemble : elle ne cherche pas la perfection lisse, au contraire, elle est attirée par les rôles en tension, les personnalités complexes et parfois cassées. Elle cite d’ailleurs Gena Rowlands comme son idole absolue dans le film Une femme sous influence de John Cassavetes. Elle aime cette incandescence et cette capacité à briller par l’émotion pure.


Natascha n’est pas une actrice de la demi-mesure. D’origine hispano-germanique, elle porte en elle
la rigueur des conservatoires et la chaleur de Barcelone. Son premier rôle, elle n’en a pas grand souvenir, on a dû le lui raconter ; en effet, elle n’était que bébé, à peine âgée d’un an, quand elle a été filmée pour la première fois dans un long-métrage espagnol avec l’actrice Ana Obregon. Un destin tracé par le hasard, mais confirmé par une exigence rare. À 25 ans, elle débarque à Paris où sa carrière prend alors un tournant international. De la méthode Lee Strasberg à la LAMDA de Londres, elle travaille sans cesse pour trouver son style, sa voie, ses voix…


Si le grand public l’a vue dans Sibyl de Justine Triet, la saison 1 d’Emily in Paris, ou encore l’Envol de Pietro Marcello (film ouverture du festival de Cannes en 2022), son cœur bat là où la tension gronde. Elle est une actrice de friction, préférant les rôles tourmentés aux trajectoires lisses. Ce n’est donc pas un hasard si elle navigue aujourd’hui entre le cinéma et les projets musicaux électro-punk avec Benjamin Lebeau (The Shoes). Natascha Wiese est une actrice hybride et curieuse :classique par sa formation, underground et touche-à-tout par sa personnalité. C’est ce qui la pousse aussi sur les planches, à l’image de Please take care of me, un spectacle qu’elle a écrit et mis en scène en 2025.

Sur cette plage de Veules-les-Roses en Seine-Maritime, elle joue avec son image comme elle joue
avec les genres. Vue tour à tour dans les clips d’Étienne Daho (Boyfriend) ou Lulu Gainsbourg (Elle), elle s’approprie désormais sa propre voix, en devenant autrice et interprète d’un album en devenir avec Antoine Mounier. Elle ne se contente plus d’interpréter le monde, elle le compose désormais.


Alors qu’elle aspire aujourd’hui à la radicalité de Julien Gosselin, metteur en scène et directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, ce portrait normand capture l’essence d’une artiste en pleine ascension, guidée par l’audace. À l’image de ces falaises qui défient l’horizon, Natascha Wiese possède cette force et cette élégance sauvage qui ne s’oublient pas. Elle est l’instant où tout bascule : entre l’aplomb du roc et l’émotion brute. BY Johann Guerin
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