ROSE CARMINE TRICOTE TA COULEUR

Dans son atelier parisien, Sandrine Ganem, fondatrice de Rose Carmine, tricote son rêve. Et le votre, sous forme de pièces extra douces et extra colorés. Interview by Judith Spinoza.

L’été 2021 sera chaud et coloré. Au sol, une multitude de petits carrés tricotés jouent les jeux de piste. Ces « patchs », comme les nomme Sandrine Ganem, sont les essais ou échantillonnages de ses futurs créations. « J’ai immédiatement la vision du produit fini. Ca ne passe jamais par le dessin, toujours par la matière. » Bientôt donc, sous les mains de tricoteuses, ces bouts de matière délicats deviendront pulls, manteaux, ponchos, boléros, ou cardigans plume, croisant les fils de mohair ou d’alpaga.. D’ailleurs, les commandes explosent, motivées par la recherche de douceur enfantine, d’un peau à peau rassurant et par simple recherche de beauté bohème chic. Ainsi, suspendus aux portants, les modèles de la collection été « Tie & dye », partiront bientôt aux quatre coins du monde pour envoyer valser la morosité ambiante à coup de colorama intense. Rose, vert, jaune, fushia, orange, tons pastels ou tons soutenus, c’est un arc en ciel survolté qui a déteint dans tout l’atelier Rose Carmine, niché dans le quartier de la République : oui, découvrir l’atelier de Sandrine Ganem, c’est une claque colorée un color clash assumé. Un joyeux arc en ciel, un gracieux bordel dans lequel se mêlent et s’entremêlent non pas les seuls fils de laine, mais aussi tout ce que cette âme d’artiste a bricolé, conçu et imaginé ces 20 dernières années. Ici un meuble repeint, là un tableau psychédélique, plus loin, des plaids et des coussins, ici des céramiques peintes à la main. Justement, c’est par l’art de la table que tout a commencé.

Interview de Sandrine Ganem
COLLECTION SUMMER 21 ROSE CARMINE

La voie du tricot

« Cela faisait 18 ans que j’avais ma propre marque de porcelaine », explique la jolie brune, enfilant nonchalamment une veste vaporeuse rayée de rose et de blanc. « Des collections très colorées, avec des mélanges couleurs et de matériaux précieux. » Soudain, elle décide d’arrêter les pinceaux, les fours et la cuisson pour me tourner vers la peinture. « Ça a duré quelques années, puis, je suis passée au tricot… » La raison de ce nouveau changement de cap ? « Je ne créé pas pour entasser, mais pour partager. Je suis une créatrice, pas une artiste. Enfant, je repeignais ma chambre, j’enduisais, je ponçais, je bougeais les meubles, le réaménageais, je combinais. Et puis, ajoute la créatrice-entrepreneuse, j’ai toujours aimé la mode. Après l’école, je passais mon temps avec les retoucheuses des boutiques auxquelles mon père vendait des tissus. Du coup, je savais coudre : des rideaux pour ma chambre, des habits pour mes poupées ou mes propres ourlets ! »

De fil en aiguille, en 2012, Sandrine achète sa première paire (d’aiguilles) et ses premières pelotes de mohair. Tricote son premier pull –« aux tons chauds » tie & dye, posant ainsi la première pierre de ses best sellers : gilet, boléro en crochet et lurex aux nuances dégradées. « Ce qui est dingue, reprend elle, c’est que ce principe de dégradé tie and die reste inchangé depuis mes débuts. J’essaye toujours de mélanger les mêmes « forces » de couleurs ». De créer un équilibre. »

Matière douce

Bref, la jeune femme lance sa marque. « J’avais plus de quinze ans d’expérience grâce aux arts de la table. Je savais comment construire mon identité visuelle, mes produits, quel salon choisir. En un mot, ne pas m’éparpiller ! »Elle cherche les bonnes filatures et les tricoteuses qui vont réaliser à la main ses créations. « À l’époque, j’en avait une douzaine, de la Bretagne au Sud de la France. C’était compliqué car c’étaient pour la plupart des grand-mères qui n’étaient plus disponibles quand arrivaient leurs petits enfants. » La créatrice se tourne vers la Roumanie, ou une quarantaine de personnes réalisent désormais ses deux collections annuelles. « Un pull, c’est au minimum deux jours de travail. » Car chez Rose Carmine, l’amour des matières nobles est une quête. « J’ai mis beaucoup de temps à trouver les bonnes filatures en France, en Italie, en Espagne. Je travaille avec du mohair de haute qualité parfois de l’alpaga, de la soie, auxquels j’injecte des fils de lurex. » Et puisque Sandrine est une color addict, sa filature française lui créé des tons sur mesure. « 40% des couleurs Rose Carmine sont créées ainsi. » 

« A love affair with knitting ». Le slogan de la griffe tombe juste. Une histoire d’amour partagée avec toutes les amoureuses de douceur et de couleurs, enclin aussi, à une mode plus responsable. Depuis cette année en effet, Sandrine Galem a choisi de réunir chaque best seller de la saison et des saisons passées dans une catégorie « iconique », à retrouver sur le e shop et le lookbook de la marque. « J’ai décidé d’arrêter de courir après les nouveaux modèles. Chaque saison, il y a des pièces très réussies qui passent aux oubliettes la saison d’après. Il faut rationnaliser cela, leur permettre de vivre plus longtemps. » Le fil est bouclé. Il suffit de l’enfiler.

www.rosecarmine-paris. Portrait de Sandrine Ganem par Reynald Pitzini.

En vente au Bon Marché

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