Actrice : Claire Romain
Photgraphe : Stefan Rappo
Assistante photo : Mariana Romão
Stylisme : Christine Lerche
Assistante : Alexia Lalis
Maquillage : Walter Denéchère
Coiffure : Taan Doan
Claire Romain : L’instinct de liberté
Solaire et résolument touche-à-tout, Claire Romain n’est pas seulement l’un des nouveaux
visages incontournables du petit écran (Ici tout commence, Cat’s Eyes). La comédienne
impose aussi sa singularité au cinéma, où sa fraîcheur a déjà séduit des réalisateurs de
renom comme Cédric Klapisch pour son film En corps. Derrière l’actrice se cache une
artiste entière qui trouve sa liberté loin des plateaux, notamment dans la peinture abstraite
et la mode. À l’occasion d’un shooting parisien exclusif, sous l’objectif du photographe
Stéphane Rappo, elle s’est confiée avec la spontanéité qui la caractérise. Son besoin de
lâcher-prise, son rapport organique à l’art, sa carrière en pleine ascension : rencontre avec
une jeune femme en perpétuel mouvement.
J.G : Tu as commencé le théâtre à 6 ans et décroché ton premier rôle au cinéma à 8
ans dans Moi César, 10 ans ½, 1m39. Une mère costumière pour le septième art.
Avec le recul, est-ce que tu as l’impression d’avoir vraiment choisi ce métier, ou est-
ce que c’était comme une forme de langage maternel que tu as continué à parler ?
Claire Romain : Inconsciemment, j’ai été très influencée par ce milieu en passant
beaucoup de temps sur les plateaux de tournage quand j’étais plus jeune. Je me disais : «
C’est génial, tu joues toute la journée, c’est le meilleur métier ! » Ce qui n’a pas bougé,
c’est que j’ai gardé cette âme d’enfant et c’est un vrai bonheur de pouvoir en vivre. Ma
maman, qui était costumière, et son rapport à la peinture m’ont véritablement plongée
dans cette fibre artistique. Mais c’est mon papa qui m’a initiée au théâtre. J’étais très
introvertie quand j’étais petite, et le théâtre m’a permis une véritable libération.
J.G : Passer du quotidien d’une série comme Ici Tout Commence — qui a été un vrai
tremplin avec le rôle d’Ambre — au tournage spectaculaire de Cat’s Eyes… Qu’est-
ce qui a été le plus vertigineux pour toi dans ce changement de dimension ?
Claire Romain : Ici tout commence a été la meilleure école possible pour travailler son
adaptabilité : les équipes techniques changent toutes les deux semaines, tu donnes la
réplique à énormément de comédiens différents et le rythme est intense, sans véritable
jour de repos. Avec Cat’s Eyes, le vertige vient du fait de garder un personnage sur le long
terme, avec la même équipe et le même réalisateur pendant six mois non-stop. Cela crée
une vraie famille et permet une évolution constante. La durabilité du projet change la
dynamique de travail, mais mon expérience sur la quotidienne m’a énormément formée.
J.G : Ici tout commence, Cat’s Eyes, Montmartre ce sont des programmes diffusés
sur TF1… Tu as un lien privilégié avec les Français, tu t’invites chez eux. Tu ressens
ce rapport particulier, qui différe du cinéma ?
Claire Romain : Complètement. En festival, je remarque cette proximité incroyable. Avec
Ici tout commence, nous étions tous les jours dans le salon des gens. Une véritable
relation s’est installée. Même chose avec Cat’s Eyes ou Montmartre, qui créaient une
attente hebdomadaire. Le cinéma impose peut-être une certaine distance, tandis que la
télévision est familière, quotidienne. Les retours du public sont très bienveillants. Au début
de la quotidienne, comme je jouais un personnage un peu dur, une connasse (rire), j’ai
reçu quelques messages piquants, mais aujourd’hui, ce n’est que de l’amour ! Et avec les
réseaux, ce lien s’enrichit encore davantage.
J.G : Quel est le cinéma qui t’attire, qui t’anime ?
Claire Romain : Plus jeune, j’adorais l’univers de Damien Chazelle (Whiplash, La La
Land), puis je me suis passionnée pour les films de Yórgos Lánthimos, qui propose des
univers très marqués. Je n’ai pas de style de prédilection, mais j’aime les réalisateurs qui
ont une vraie « patte », que l’on reconnaît à leur colorimétrie ou à leur direction d’acteurs.
J’ai eu la chance de tourner avec Cédric Klapisch, et j’ai adoré son approche. Je me
souviens du premier jour de plateau, il a adoré mon pantalon en tartan mexicain
multicolore et m’a encouragée à jouer ma scène avec ! C’était hyper naturel et agréable.
J.G : Enfant tu étais très introvertie, aujourd’hui tu te décris comme une
personnalité très entière. Si ton caractère était un courant artistique, tu serais lequel
?
Claire Romain : L’expressionnisme abstrait, sans hésiter. Helen Frankenthaler, pionnière
de ce mouvement, est ma muse. J’adore les couleurs, elles influencent énormément notre
état d’esprit. Il y a quelques années, j’ai fait une résidence artistique à New-York et là-bas
j’étais un peu sur ses traces. J’ai aussi vécu 8 ans à Barcelone. Ce côté touche-à-tout a
profondément nourri ma fibre artistique. Ma mère faisait aussi beaucoup de peinture
figurative ; je pense que tous les arts se complètent.
J.G : La peinture est une expression à part entière pour toi. Est-ce que c’est le seul
endroit où tu n’as pas besoin d’être « quelqu’un » pour un réalisateur ou un public ?
Est-ce que tu y peins les choses que tu n’arrives pas à exprimer sur un plateau ?
Claire Romain : Absolument. Dans mon atelier, je suis isolée, souvent sans musique, je
peins à même le sol sans parler à personne. Le métier de comédienne est tellement
énergivore qu’il est indispensable d’avoir un exutoire. La peinture est cet endroit où je ne
réfléchis plus, où je laisse mon esprit divaguer. C’est devenu une vraie drogue, vital pour
mon équilibre.
J.G : Tu peins de manière très organique. À une époque où tout passe par les
écrans et les filtres, est-ce que ce besoin de toucher la matière c’est ta manière de
rester connectée à la « vraie vie », à ton « toi » intérieur ?
Claire Romain : Oui, c’est extrêmement concret. Au cinéma, le film sort un an après le
tournage, il n’y a pas d’immédiateté. Dans la peinture, j’utilise des pigments naturels, je
travaille au sol, il n’y a pas d’artifice. Mon état d’esprit du moment va directement se
refléter sur la toile. C’est un exercice de lâcher-prise absolu, à l’inverse de l’acting où l’on
est parfois dans l’exécution et le contrôle face aux indications du réalisateur. Moi qui aime
naturellement tout contrôler, cette perte de contrôle face à la toile me fait un bien fou.
J.G : Avec une mère costumière, la mode semble être pour toi une performance.
Quand tu choisis une tenue pour un événement ou un casting, est-ce que tu
construis un personnage ou est-ce une manière de reprendre le contrôle sur ton
image après l’avoir « donnée » à une caméra ?
Claire Romain : C’est un peu des deux. J’aime l’idée que l’on puisse interpréter un rôle à
travers le vêtement, ou même porter l’art littéralement ! Par exemple, j’ai créé des boucles
d’oreilles en tissu peint, comme des toiles miniatures, pour rendre mon art accessible. Au
quotidien, je privilégie la simplicité et le confort, mais pour les castings, je prête une
attention maniaque aux tenues. Pour le casting d’un projet américain, j’ai cherché une
montre des années 50 en brocante et ma mère a cousu une tenue exprès avec des
surpiqûres apparentes. Porter les bons vêtements m’aide profondément à rentrer dans la
peau du personnage. Bon après, je me suis rendu compte que j’avais aussi beaucoup trop
de vêtements dans mon dressing, on ne se refait pas (rire).
J.G : Quelle est la pièce de ta garde-robe qui raconte le mieux la femme que tu es
aujourd’hui ?
Claire Romain : Je pense spontanément à un long manteau de Prudence, vert polyvalent,
en fausse fourrure et vinyle. Sinon, j’ai ce vieux pantalon en tartan, très délavé, que mon
compagnon rêve de jeter (rire). Mais je m’y sens tellement bien et authentique. Il reflète
parfaitement mon état d’esprit actuel : je me sens bien dans ma peau. Plus globalement, la
création de mode me fascine — ce que faisait Pierre Cardin, par exemple, pour casser les
codes —, mais je t’avoue que je me sens un peu moins à l’aise dans l’ambiance des
défilés, où les gens se regardent beaucoup.
J.G : Un mot sur le shooting qu’on vient de faire à Paris : qu’est-ce que tu en gardes
? Un moment insolite à nous raconter ?
Claire Romain : C’était génial de retrouver le photographe Stéphane Rappo, avec qui
j’avais shooté il y a une dizaine d’années. Il est génial, il a une une patate d’enfer. Toute
l’équipe était vraiment aux petits soins, vraiment ça valait le coup même sous la pluie …
L’instant insolite ? Quand Stéphane a eu l’idée d’installer ma chaise en plein milieu de la
Seine ! J’avais un vêtement avec des bretelles en cuir qu’il ne fallait surtout pas mouiller.
C’était périlleux, j’étais à deux doigts de tomber à l’eau, mais le résultat en valait la peine.
Et puis que dire de Paris, cette ville reste centrale pour mon métier, même si aujourd’hui,
avec mon compagnon, nous sommes en train d’acheter un appartement à Lisbonne, ce
qui me fait pas mal voyager entre les deux cultures.
J.G : Au-delà du cinéma et de la peinture, as-tu d’autres refuges ? Qu’est-ce qu’ils
t’apportent au quotidien ?
Claire Romain : Le voyage, clairement. C’est ce qui me nourrit le plus. Je reviens du Sri
Lanka et de Corée après un tournage intense de trois mois et demi à Marseille. Découvrir
d’autres cultures, une autre gastronomie, un rapport différent aux couleurs… C’est
incroyable. Cela m’inspire énormément pour mon jeu d’actrice, en observant les gens
dans leur quotidien. Voyager change ta perception de l’environnement, c’est indispensable
pour se remettre en place.
J.G : Quelles sont tes envies pour la suite ? Vers quels horizons as-tu envie de te
lancer, notamment après des projets comme Le Mystère de la chambre jaune adapté
du roman de Gaston Leroux qui arrive bientôt ?
Claire Romain : Le Mystère de la chambre jaune et la saison 2 de Cat’s Eyes sortiront
d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, ayant récemment changé d’agent, je passe beaucoup
de castings à l’international. J’adore jouer dans d’autres langues — en anglais, en
espagnol ou en italien — car on n’est pas la même personne selon la langue que l’on
utilise. À l’avenir, j’adorerais tourner dans un film d’époque des années 50, 60 ou 70. Et
sinon, une comédie musicale ! Ce serait un magnifique challenge de pouvoir mêler la
À Veules-les-Roses, le paysage ne triche pas. Nous sommes entourés d’immenses murailles de craie
blanche, la mer s’est reculée pour nous offrir un point de vue unique. Le calcaire est tranchant et la lumière, captée ce jour-là par l’objectif de Stephan Rappo, ne laisse aucune place au faux- semblant. C’est ici, entre les pics de craie et les galets polis par les marées, que Natascha Wiese décide de se livrer. Un choix qui lui ressemble : elle ne cherche pas la perfection lisse, au contraire, elle est attirée par les rôles en tension, les personnalités complexes et parfois cassées. Elle cite d’ailleurs Gena Rowlands comme son idole absolue dans le film Une femme sous influence de John Cassavetes. Elle aime cette incandescence et cette capacité à briller par l’émotion pure.
Natascha n’est pas une actrice de la demi-mesure. D’origine hispano-germanique, elle porte en elle
la rigueur des conservatoires et la chaleur de Barcelone. Son premier rôle, elle n’en a pas grand souvenir, on a dû le lui raconter ; en effet, elle n’était que bébé, à peine âgée d’un an, quand elle a été filmée pour la première fois dans un long-métrage espagnol avec l’actrice Ana Obregon. Un destin tracé par le hasard, mais confirmé par une exigence rare. À 25 ans, elle débarque à Paris où sa carrière prend alors un tournant international. De la méthode Lee Strasberg à la LAMDA de Londres, elle travaille sans cesse pour trouver son style, sa voie, ses voix…
Si le grand public l’a vue dans Sibyl de Justine Triet, la saison 1 d’Emily in Paris, ou encore l’Envol de Pietro Marcello (film ouverture du festival de Cannes en 2022), son cœur bat là où la tension gronde. Elle est une actrice de friction, préférant les rôles tourmentés aux trajectoires lisses. Ce n’est donc pas un hasard si elle navigue aujourd’hui entre le cinéma et les projets musicaux électro-punk avec Benjamin Lebeau (The Shoes). Natascha Wiese est une actrice hybride et curieuse :classique par sa formation, underground et touche-à-tout par sa personnalité. C’est ce qui la pousse aussi sur les planches, à l’image de Please take care of me, un spectacle qu’elle a écrit et mis en scène en 2025.
Sur cette plage de Veules-les-Roses en Seine-Maritime, elle joue avec son image comme elle joue
avec les genres. Vue tour à tour dans les clips d’Étienne Daho (Boyfriend) ou Lulu Gainsbourg (Elle), elle s’approprie désormais sa propre voix, en devenant autrice et interprète d’un album en devenir avec Antoine Mounier. Elle ne se contente plus d’interpréter le monde, elle le compose désormais.
Alors qu’elle aspire aujourd’hui à la radicalité de Julien Gosselin, metteur en scène et directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, ce portrait normand capture l’essence d’une artiste en pleine ascension, guidée par l’audace. À l’image de ces falaises qui défient l’horizon, Natascha Wiese possède cette force et cette élégance sauvage qui ne s’oublient pas. Elle est l’instant où tout bascule : entre l’aplomb du roc et l’émotion brute. BY Johann Guerin
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